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jeudi , 20 septembre 2018
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Je suis africaine et je n’aime pas le karité

Non, non,  le but n’est pas de voler la vedette à l’illustre Gaston Kelman et son désormais classique :  je suis noir et je n’aime pas le manioc. Le propos ne va pas tout à fait dans la même direction. Il ne s’agit pas non plus d’énumérer les nombreux bienfaits du karité.  Cet article aurait tout aussi bien pu avoir un autre titre. Comme par exemple « soyez consommactrices et non consommatrices ! » Mais ç’aurait été moins percutant, n’est-ce pas ? 

@photopin

A la recherche de précieuses informations pour mon prochain article, par hasard, je suis tombée sur un site afro francophone qui prodiguait  des conseils assez banals en matière de peau noire. Belle mise en page, articles pointus, photos de qualité etc… Je n’avais aucune raison de douter du professionnalisme de la page. Et pourtant… En plus de véhiculer des idées préconçues sur l’hyperpigmentée, grasse, terne et rugueuse peau noire, l’article la compare à une peau blanche qui ne semble souffrir d’aucun trouble.  Je précise que le webzine s’adressait à une population de femmes noires actives, plutôt des entrepreneures ou des cadres. Ai-je déjà dit que le site est francophone ?

En substance le site déconseillait l’usage du karité sur le visage, à fortiori pour les peaux mixtes à grasses, car, dixit la chroniqueuse ; il ne  serait qu’un corps gras, qui se contenterait de graisser la peau. Le karité est gras, c’est un fait.  Ce que nous savons moins c’est que, qui dit hydratation, ne dit pas seulement eau. L’apport en acide gras est tout aussi essentiel que celui en eau. Par ailleurs, le beurre de karité, comme les autres huiles, servent, et c’est aussi vrai pour la peau que pour les cheveux, à sceller l’hydratation. Ce sont ces agents dits gras qui vont permettre de retenir l’hydratation, et d’éviter ainsi que l’eau ne s’évapore. Ils sont donc complémentaires et indissociables à l’apport en eau, et cela est encore plus vrai pour les peaux grasses qui souffrent souvent de ce déficit d’hydratation. Et comme le produit est aussi important que la méthode, il faut évidemment bien  faire pénétrer la matière et masser la peau.  J’ai longtemps boudé le karité (à l’époque de mon acné naissante) par manque d’information et de savoir faire. J’aurais certainement gagné du temps et de l’argent  à l’époque si j’avais eu plus de connaissances.

Mais mon propos n’est pas là. Je comprends tout à fait que l’on puisse encore avoir des idées réductrices par rapport aux huiles et au karité. Je les ai eues à une époque. Ce qui me gêne plus c’est l’idéologie cachée. Ce n’est pas la première fois que je tombe sur ce genre de site s’adressant à une catégorie de femmes noires plus aisées prônant les marques de produits cosmétiques les plus chères, les plus chimiques et les plus blanches. C’est un peu comme si la femme noire, après avoir longtemps bataillé pour obtenir durement son statut bien mérité, ne  pouvait plus se permettre de retourner à une pharmacopée traditionnelle mal adaptée et désormais incohérente avec sa nouvelle vie.

A chaque fois sur ces webzines, on commence par citer ces savons, beurres et huiles incompatibles avec la peau noire et on finit par recommander une marque de soin générique qui serait bien plus efficace. Et à chaque fois, je découvre plus bas que l’article n’est rien d’autre qu’un copier-coller de l’un de ces magazines de mode resté coincé dans les années 80, d’après lesquels seul le rouge à lèvres framboise convient aux femmes noires. Ou pire encore, un de ces sites « fourre-tout » ou l’on parle de tout en étant spécialiste de rien. Et comme la diversité est à la mode il leur faut ce fameux article « peau black » comme ils se plaisent à le dire ; sur laquelle on couche des contre-vérités et quelques banalités.

Alors oui, je le conçois, on peut être afrodescendant et ne pas aimer le karité ; pour preuve il n’est parfois pas ami avec mes cheveux. Mais on peut aussi être un peu plus acteur dans notre façon de consommer. Je veux bien que l’on aille acheter des marques élaborées avec un packaging glamour et plus sophistiqué, mais je crois que de nos jours, de plus en plus de femmes noires se lancent dans le business avec brio, non ? Alors pourquoi toujours encourager et favoriser les autres pour lesquels nous ne sommes souvent pas plus qu’une stratégie marketing ?  Je dis que beauté doit rimer avec solidarité (étrange, ça rime avec karité ….)

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