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mardi , 12 novembre 2019
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Ces marques éclaircissantes qui savent jouer sur les maux, l’enjeu réel derrière ce business

Beaucoup se demandent encore candidement comment de nos jours en Occident il est possible que le décapage persiste. Pire, beaucoup s’interrogent sur la percée insidieuse de ce phénomène qui semble ne pas choquer grand monde. Pourtant, de notre “observatoire” qu’est Chronique Beauté Noire, nous lançons régulièrement des alertes. En effet, notre diaporama sur les marques de produits éclaircissant les plus dangereux est un succès. Plutôt que de nous contenter de nous en vanter, nous avons voulu analyser ce phénomène. Et en coulisse, ce n’est pas glorieux. En réalité de nombreux lecteurs scrutent attentivement ce diaporama afin de se rassurer, et de continuer à s’éclaircir la peau avec des produits réputés moins agressifs, car absents de la liste. L’enjeu est pourtant bien plus grand qu’une simple série de marques. 

@photopin

De nouvelles marques au packaging bien léché naissent régulièrement. Elles s’attirent ainsi les faveurs de ce public conscient de la nocivité de l’hydroquinone, du glutathion désireux d’obtenir un teint plus clair.  Jouant sur les maux, elles promettent une peau en bonne santé et lumineuse sans pour autant s’écarter de leur objectif d’éclaircir la peau. Bénéficiant même de publicité à l’antenne ou dans des magazines, elles s’insinuent peu à peu dans les foyers faisant penser à qui veut bien le croire que la seule façon d’entretenir sa peau et de la débarrasser de ces “impuretés”; (sous-entendu qu’avoir une peau noire serait impure ??), est d’en appliquer généreusement le contenu.

Si je vais aussi loin dans cette analyse, c’est pour démontrer à quel point nous sommes loin de mettre un terme au fléau qu’est le décapage tant que nous nous arrêtons à des considérations purement esthétiques ou même sanitaires. En effet, beaucoup condamnent le blanchiment de la peau uniquement lorsqu’il est ostensible (de Lupita à Beyonce par exemple), ou lorsqu’il est raté et que la peau est si entamée qu’elle ne laisse personne indifférent. Ces opinions fondées sur l’apparence sont l’arbre qui cache la forêt. Et le but de l’ANSM lorsqu’il répertorie les substances dangereuses et catalogue certains produits n’est pas le nôtre, du moins pas le but principal ; et ne devrait pas être celui des communautés noires. L’appui de l’ANSM sur ces questions est bien sûr primordial d’un point de vue de santé publique afin de vulgariser les conséquences de ces pratiques et de sanctionner les contrevenants.

Une fois que cela est dit,  revenons à cet aveuglement  qui consiste à éluder le problème en se dirigeant vers des marques non répertoriées par l’ANSM ? Combien de fois n’avons-nous pas reçu des commentaires sous le fameux diapo nous demandant si à défaut de telle marque épinglée on pouvait utiliser la marque “extrêmement white” du laboratoire XXX. Demanderiez-vous à une personne qui traite des dépendances à l’alcool si à défaut du whisky à 65° vous pouvez boire du cognac à 50° parce qu’il est moins fort ? C’est ne pas comprendre notre démarche. Une fois pour toutes  : nous ne soutenons pas la dépigmentation, quelque soit le moyen utilisé. Car vous aussi bien  que nous en connaissons l’origine. Elle est  d’ordre psychologique et constitue  un triste  héritage, la preuve de l’abject trafic dont nous avons été victimes ; la trace de l’histoire sur notre peau de la hiérarchisation des races, aussi résistante que le marquage au fer rouge  de nos ancêtres avant le Grand Départ.

Cependant, nous communautés noires et surtout francophones, peinons à nous saisir de ce sujet qui nous concerne. Comme trop souvent nous nous tournons vers les afro-américains pour tenter de trouver des solutions. Pire, certains se contentent de se moquer des photos des “ratés” du décapage sur les réseaux sociaux en dépersonnalisant totalement la question. Ces individus qui en rient seraient ils les mêmes qui ostracisent les teints foncés comme en témoigne la chanteuse Spice dans son tube Black Hyprocrisy ? Cette sombre hypocrisie fait le jeu de ceux qui tendent à relativiser ces douleurs qui sont les nôtres. Mais elle profite aussi aux agitateurs, activistes 2.0 qui voient le racisme dans l’œil de l’autre au lieu de voir le colorisme dans le leur. Et bien évidemment ces fabricants de produits dit cosmétiques tirent profit de la situation en distillant sans trop de résistance leur poison dans l’esprit des masses.

Certaines personnes  se retrouvent au centre d’un juteux commerce sans jamais s’interroger sur le sens profond de leur démarche. D’autres dissocient clairement la dimension historique du phénomène, ou tempèrent arguant que la pratique a toujours existé de par le monde. Nul n’oserait le nier. Pourtant lorsque l’on parle de dépigmentation dans notre contexte, on ne peut se cantonner à ces semblants d’explications.  Ignorance pour certains, négationnisme pour d’autres. Oui, le décapage a encore de beaux jours devant lui tant que nous ne nous saisirons pas de cette problématique en intégrant qu’il s’agit d’une maladie à traiter, au même titre que d’autres addictions, mais sous le prisme non pas du simple diktat de l’apparence mais bien du colorisme et de l’estime de soi.

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