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lundi , 14 août 2017
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Beauté noire : une question de transmission (témoignage)

On a toutes, en tant que femme noire, le souvenir d’avoir admiré la beauté d’une autre femme. Quelque part, on se cherche soi-même dans ce que dégagent les personnes qui nous influencent.

beauté noire
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De la télévision à la sphère privée : quels modèles?

Pour moi qui suis née à la fin des années 80, j’étais en admiration devant de nombreuses icônes populaires vues à la télévision dans des clips ou des séries, comme Whitney Houston, Lisa Bonet, Beyonce, Erikah Badu, et bien d’autres… Mais ce qui m’a le plus durablement marqué au niveau des influences, c’est le regard que je portais sur les femmes de mon entourage. Cela pouvait être ma propre mère, et sa façon d’envisager la beauté comme étant intrinsèquement liée à la mode, aux couleurs, aux sacs à main et aux chaussures. Sa façon d’avoir toujours les ongles impeccables et sa préférence pour le vernis rouge brillant. Ma grand-mère maternelle  aussi a toujours eu les ongles manucurés de manière très discrète (un simple vernis brillant et transparent), même à un âge avancé. Il y a eu aussi mes tantes (j’adorais observer leurs petits gestes beautés avant une sortie), les amies de ma mère qui passaient prendre un café à la maison, avec leurs élégants brushing et leurs bijoux pleins de pierres multicolores qui me faisaient penser aux séries américaines.

Mes yeux de petite fille noire dans une société blanche étaient avides de rencontrer la moindre beauté dans laquelle je pouvais me projeter. Même dans le cadre scolaire, j’appréciais la mise en beauté de mes rares maîtresses d’école noires, admirant leur rouge à lèvres, coiffures ou détails vestimentaires. J’ai eu notamment une professeur d’arts plastiques au collège qui portait des dreads locks puis qui a soudainement fait un big chop en se rasant la tête. A mes yeux c’était la plus stylée des femmes. Je n’en avais pas conscience mais c’est comme cela que, grâce à la sphère intime, j’avais développé une vision plutôt positive de la beauté noire.

Transmettre un savoir-faire : une histoire de femmes

Mais dans ce monde plein de dureté, la petite fille que j’étais à été très vite confrontée à la prédominance de la blanchité dans les représentations de la beauté. A la maison ma mère lisait énormément de magazines féminins. Ceux-ci s’entassaient dans le salon et dans les toilettes, mais ils nous servaient principalement pour les recettes de cuisine, car, en matière de beauté, la femme noire n’y était quasiment jamais représentée. Dépassée par la nature broussailleuse de mes cheveux très épais et presque frisés, ma mère, qui possède des cheveux d’une nature proche de celle des asiatiques, me faisait la coupe courte tous les mois. J’ai été consolée le jour où elle a accepté de déléguer occasionnellement l’entretien et le tressage de mes cheveux à une femme noire trouvée via le bouche à oreille. Cette femme qui tressait à merveille m’a fait mes toutes premières braids box. Elle me gardait chez elle tout l’après-midi. Elle habitait un immeuble en HLM similaire au notre, et elle avait un fils du même âge que moi. Je restais comme ça entre ses jambes pendant de longs moments, elle ne me faisait pas mal, et je ressortais toujours avec des coiffures merveilleuses et un grand sourire collé au visage. Malgré les moqueries de quelques camarades de classe (dues à la différence flagrante entre ma tête avec mes cheveux courts et broussailleux et ma tête avec des tresses longues) j’adorais ma coiffure, j’en prenais soin et je faisais tout pour retarder le moment d’enlever mes tresses.

beauté noire
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Mais me faire tresser pesait lourd sur le budget du foyer et bientôt ma mère n’eut plus les moyens de le faire. Je gardais désespérément ma coupe courte qui n’était pas désirée. Bientôt les seules occasions que j’avais de me faire tresser furent les voyages au pays: je revenais de Madagascar avec des belles tresses, et ma vision de la beauté noire fut dès lors associée à cette ambiance féminine des salons de coiffure afro, assise sur une natte au sol, écrasée par la chaleur environnante, la tête entre les mains de deux tresseuses aux doigts agiles et rapides. J’observais tout et gardais tout cela en mémoire pour me servir de ces connaissances plus tard, les peignes qu’elles utilisaient, l’odeur forte de la graisse de boeuf qu’elles me mettaient dans les cheveux pour qu’ils brillent, car je ne savais rien de cet univers. A l’époque, c’était très rare de voir une femme noire porter avec fierté ses cheveux crépus au naturel sans les tresser. J’appris aussi des pratiques du pays à prendre soin de ma peau avec des matières naturelles: le masonjoany, maquillage et soin traditionnel malgache effectué avec de la poudre de bois de Santal, me fascinait et je trouvais l’idée astucieuse et créative.

Bien plus, tard, adolescente, je n’ai pas échappé au défrisage de mes cheveux, attirée par les standards de beauté que j’observais autour de moi, et influencée par la coiffeuse (blanche) de ma mère. Pendant cette période, j’appris à reconnaître cette affreuse sensation de picotements du cuir chevelu lorsqu’il est temps de rincer le produit. Je faisais avec les vilaines plaques rugueuses que l’application du défrisant provoquait sur mon crâne, et j’appréciais de pouvoir me coiffer plus rapidement le matin pour aller au lycée.

Finalement je me suis toujours préférée tressée, mais il a fallu du chemin pour que je revienne au naturel. J’ai gardé précieusement dans mon estime pour moi-même ce que les femmes noires autour de moi m’ont appris. Grâce à toutes celles qui ont été des modèles, toutes carnations confondues, et qui m’ont influencé par leur savoir-faire mais aussi par leurs erreurs, j’ai appris que la beauté est diverse, et qu’en matière de style il n’y a pas la beauté noire, mais des beautés noires. Et je souhaitais leur dire MERCI pour ce qu’elles m’ont transmis.

Mesdames, ne sous estimez pas l’influence que vous avez, car toutes les femmes noires sont des muses pour les petites filles noires.

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Elsa Rakoto

Maman épanouie, je suis curieuse de nature, prête à causer avec vous de maternité et de parentalité d'un point de vue afropéen. Parce que nos petites têtes brunes le valent bien!
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