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jeudi , 20 septembre 2018
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« Afropean Soul et autres nouvelles », par Léonora Miano

En juin 2018, j’ai décidé de relire la collection de nouvelles Afropean Soul par Léonora Miano. Ce n’était pas la première fois que je la lisais. Je l’avais découverte par hasard alors que je vivais encore en Allemagne et j’avoue avoir été marquée autant par le style et la qualité de l’écriture que les thèmes développés par chaque nouvelle. Cette fois-ci, je souhaitais revoir de plus près la manière dont Léonora Miano traitait des thèmes du racisme, de l’injustice sociale et des femmes laissées pour compte. En lisant cet article vous découvrirez la biographie de l’auteure et mon analyse de l’une des nouvelles.

Qui est Miano?

Léonora Miano est née le 12 mars 1973 au Cameroun. Elle a passé son enfance et son adolescence dans son pays d’origine avant de s’envoler pour la France. Elle y a étudié la littérature anglo-américaine  à Valenciennes puis à Nanterre. Elle a écrit d’autres romans comme par exemple, L’intérieur de la nuit (2006), Contours du jour qui vient (2006),  La saison de l’ombre (2013), Marianne et le garçon noir (2017). Quelques-uns de ses thèmes phares sont le commerce transatlantique, la colonisation et le panafricanisme. Elle a gagné plusieurs récompenses comme, par exemple, le prix Goncourt des lycéens (2006), le prix Fémina (2013) et le Grand prix littéraire d’Afrique noire (2011).

A propos du recueil de nouvelles

Afropean Soul et autres nouvelles inclut cinq nouvelles qui sont : Depuis la première heure, Fabrique de nos âmes chagrines, Filles du bord de ligne, Afropean Soul et 166, rue de C. Pour des questions d’espace, je ne me pencherai que sur la première nouvelle.

Les cinq récits du recueil se lisent assez facilement. Au bas de chaque page se trouve le lexique pour les mots difficiles. À la fin du livre, le lecteur lira un entretien de l’auteure qui explique ses motivations pour l’écriture ce recueil de nouvelles. Elle avait toujours souhaité écrire des textes courts qui seraient des « instantanés, des tranches de vie puisées dans ce que personne n’ose encore appeler la France noire. » (Afropean, p.92)

Les problématiques soulevées dans le recueil de nouvelles sont celles du racisme, des conditions de vie difficile des immigrés en France, des femmes qui vivent des situations dans la société et qui ont du mal à s’y réinserrer. Léonora Miano est revenue sur le phénomène des bandes de filles qui attaquaient des personnes à un moment donné en France. Filles du bord de ligne nous plonge dans leur quotidien.

Depuis la première heure

Un retour chez soi impossible

La première nouvelle intitulée Depuis la première heure, nous fait entrer dans la tête du narrateur qui voudrait bien repartir dans son pays natal mais ne peut pas. Son échec économique le condamne à misérer à Mbengué. L’histoire commence par “ je n’ose pas rentrer. Même si ici, tout est sombre depuis la première heure du premier jour. » (Afropean, 27). L’obscurité qu’il mentionne pourrait se référer autant à celle qui règne pendant l’hiver qu’à une tristesse et une misère personnelle. C’est également l’aveu d’une personne qui vit en France et qui ne s’en sort pas. Rentrer dans son pays l’exposerait aux « railleries et au mérpris »  (Afropean, 33) .  Le narrateur décrit, assimile également son retour à  » laisser la honte s’abattre sur moi ». Ces réflexions sont suivies de l’accueil qu’il anticipe chez lui.

Les excuses pour les siens

Il imagine de nombreuses excuses pour justifier son échec social et économique :  » Me voici. Tel qu’ au jour de mon départ. Nu. Démuni. Vivant et volontaire » (Afropean, 27). Il imagine donc mettre en avant son évolution stagnante et appuyer son humanité, comme pour soutenir que c’est suffisant.

Il s’imagine rentrer dans la concession familiale et d’étendre les mains vides, “la paume regardant le ciel” (Afropean, 27). Il dirait alors “Me voici. Tel qu’au jour de mon départ” (Afropean, 27). Cette phrase est tellement puissante. Elle témoigne tellement du stress que les gens de la diaspora portent sur leurs épaules ! Ce personnage est aux abois, il sait que sa seule issue de secours, c’est le retour au pays et, en même temps, il n’ignore pas que que cette option lui coûterait sa fierté: “parfois, il me vient à l’esprit que je pourrais faire cela “ (Afropean, 27).

Les litanies de raisons n’en finissent pas. Il pourrait  réussir à plaider pour l’indulgence de ses proches, pour qu’on ne lui en veuille pas. Il pourrait par exemple “décrire le travail au noir (Afropean, 28), dire des choses aux siens pour qu’ils comprennent que l’Occident n’est pas ce qu’ils imaginent (Afropean, 29). Mais, cet immigrant est réaliste vu qu’il affirme : “A l’instant même où je voudrais énoncer ces vérités, ils cesseraient de m’écouter. Ils diraient qu’on ne peut pas revenir les mains vides de Mbengué” (29).

L’obligation de réussite des immigrants à Mbengué

La famille restée au pays compte généralement sur les enfants envoyés à Mbengué pour réussir. Le narrateur évalue la période pour organiser son voyage retour au Cameroun : “On compte une année, puis deux. On ne peut toujours pas retourner chez soi. Parce qu’on doit à tout un clan qui végète dans un pays où les malades doivent arriver à l’hôpital avec leur seringue et leurs médicaments” ( Afropean, 31).

Rentrer les mains vides est considéré comme un échec. Cet échec n’est pas une option envisageable pour les immigrés. Cette idée transparaît d’ailleurs dans cet extrait: « Un enfant qui rentre les mains vides soumet les femmes aux mépris des coépouses dont elle avait ravi les privilèges nocturnes, étant le dernier caprice du mari ( Afropean, 31).

Conscient que sa famille ne comprendrait pas un retour prématuré, le narrateur décide donc de rester à Mbengué, puisqu’il affirme : « autant mourir ici comme une bactérie neutralisée, et que personne,jamais, n’en sache rien « . Le narrateur préfère donc la misère à la honte du retour:  » je ne peux pas rentrer. Je n’y parviens pas » (Afropean, 32).

Cette nouvelle montre que la générosité africaine pèse aussi sur le dos des immigrés. Ces immigrés sont confrontés parfois à des situations difficiles à Mbengué mais, ils ne peuvent pas repartir chez eux à cause de leur devoir de subvenir aux besoins des leurs.

 

Source primaire

Miano, Léonora. Afropean Soul et autres nouvelles. Éditions Flammarion, 2008.

Source image: Libellulebooks

Muriel

Muriel

Muriel Mben est une auteure camerounaise qu'on peut classer dans la catégorie des écrivains africains de la troisème génération. Elle a écrit La dernière pluie (2013), The unruly passenger (2015) et, Un bond dans l'inconnu.
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